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27/06/2008

IL PLEUT PLACE SAINT-MARC

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"L'eau de la foule est aussi indispensable à la façade de Saint-Marc que l'eau des canaux à celle des palais. Alors que tant de monuments anciens sont profondément dénaturés par le touriste qui s'y rue, nous donnent l'impression d'être profanés, même par nous, bien sûr, quand nous n'y venons pas dans un esprit de stricte étude, ces lieux réservés, secrets, fermés, interdits, brusquement éventrés, ces lieux de silence et de contemplation brusquement livrés au jacassement, la basilique, elle, avec la ville qui l'entoure, n'a rien à craindre de cette faune, et de notre propre frivolité : elle est née, elle s'est continuée dans le constant regard du visiteur, ses artistes ont travaillé au milieu des conservations des marins et marchands."
Michel Butor, "Description de San Marco"

Photos Florence Brieu-Galaup, tous droits réservés.

"VENISE ENTRE LES LIGNES"

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"Venise entre les lignes", ed. Denoël.
Magnifique anthologie, complète et représentative, préfacée par cet éternel amoureux de Venise qu’est Jean d’Ormesson : « Aucune ville au monde, ni New York, ni Ispahan, ni Lahore, ni Persépolis, ni Palmyre ou Fathepur Sikri, ni Florence ou Sienne - ni même Paris, Jérusalem, ou Rome, la ville par excellence -, n’a suscité autant de rêves et fait couler autant d’encre que Venise ».
Qualifiée par le maître de véritable « évangile de Venise », l’ouvrage est organisé par thématiques et offre une multitude de points de vue par les plus grands artistes, de l’observation méticuleuse de Goethe, en passant par la déception inattendue de Balzac jusqu’à l’éblouissement d’un Jean-Paul Sartre qui nous livre un énigmatique, « Venise, c’est là où je ne suis pas. »…

05/06/2008

LEGENDES VENITIENNES

d26acdfd7da52ca16ae0b90c024c4a61.jpg"Légendes vénitiennes" de Alberto Toso Fei
Voici un guide particulier qui fait partie de mes livres préférés sur Venise. Il est écrit par un journaliste originaire de Murano et né à Venise.
L'auteur propose quatre itinéraires pour une visite originale et mystérieuse de la ville, à travers des faits historiques mais également des légendes populaires. Evoquons (p. 69) la petite arche du Soportego dei Preti où se trouve un coeur en brique : "Si deux amoureux le touchent ensemble leur amour est destiné à durer éternellement. Et si une personne seule y exprime un désir d'aimer, celui-ci, à condition toutefois qu'il soit sincère, se réalisera dans l'année." L'ouvrage est illustré par les photographies de Vito Vecellio qui fait partie du cercle photographique vénitien historique "La Gondola".

www.venetianlegends.it

VENISE SAUVEE, VENISE PERDUE (III)

Le paradoxe romantique ou l’invention d’une disparition

Le gouvernement vénitien a créé un mythe qui a longtemps empêché chez les étrangers une approche pragmatique du lieu. La littérature a également créé quelques malentendus. Les échanges entre la littérature et la ville se sont faits dans les deux sens. Le champ lexical attaché à l’évocation de Venise est explicite, et ce dès la fin du XVIIIe siècle jusqu’à nos jours : « cénotaphe », « plateau de cinéma abandonné », « ville-fantôme »… Si, scientifiques, autochtones, conservateurs etc. formulent des hypothèses sur le sort de la ville, en espérant trouver une alternative à sa survie, le monde intellectuel met en scène ce qui est pour lui un destin inexorable. Les signes de dégradation sont investis d’une signification philosophique et sont au fond une opportunité. Une littérature extrêmement dense accompagne tout au long de son histoire la Sérénissime et nous essaierons d’être concis et de ne retenir que les éléments intéressants pour notre démonstration. Dès le départ et par comparaison c’est un endroit extrêmement visité et vécu de façon toujours singulière par les visiteurs. Le lieu, saturé de sens, véhiculant tant de stéréotypes, invitent la plupart des écrivains à chercher un rapport nouveau entre le réel et l’écriture, à conquérir une forme d’art nouvelle. Nous ne pouvons pas dire que ceux qui rapportent des témoignages sous forme de journaux intimes, lettres, correspondances etc., concentrent leurs propos sur la sauvegarde du lieu, mais on peut trouver parfois chez des observateurs perspicaces, et ce malgré les efforts déployés par le gouvernement vénitien pour masquer la lutte qu’il mène avec la mer, des notations extrêmement brèves sur la dégradation continue du site, notamment par exemple chez Montesquieu ou beaucoup plus tard chez Goethe. Mais il ne s’agit en aucun cas d’un discours engagé. Il est frappant de voir comment le miracle d’une ville sur les eaux, suggère en littérature une sourde angoisse au moment où son déclin s’amorce (Venise sauvée, de Thomas Otway en 1682, repris par La Place en 1746). Ainsi plusieurs titres évoquent le sauvetage de Venise, en désignant métaphoriquement un contenu qui se rapporte à des intrigues traditionnelles et qui n’ont en fait rien à voir. Cependant une grande partie de la littérature ou des témoignages précédant l’invasion napoléonienne, renvoient l’image d’une ville-miracle proposée depuis sa naissance par le gouvernement vénitien comme nous l’avons expliqué plus précédemment. Les efforts fournis par les habitants pour sauvegarder leur ville restent essentiellement internes. Après la prise de pouvoir de Napoléon et pendant l’occupation autrichienne, toute une littérature française stigmatise la décadence du peuple vénitien, et les marques de dégradation, du fait d’occupants bien incapables d’assurer la relève, deviennent le symbole de cette décadence.
La génération romantique va investir ce nouvel état de la ville et produire un mythe au sens sociologique d’« image-force ». Les écrivains proposent deux visions : généralement, ceux qui n’ont pas vu Venise réactualisent le passé et évoquent la Venise des plaisirs débridées et également la Venise despotique, la fiction étant accentuée par rapport à la réalité, tout en faisant écho à une actualité française bien réelle (émergence de la ville industrielle, prise en compte du patrimoine). L’autre partie des écrivains-voyageurs vont appliquer à Venise le mythe de la Jérusalem céleste, du paradis perdu. L’infrastructure du texte, par opposition à l’accroissement de la ville industrielle, va abriter l’image d’une ville refuge. L’imaginaire des Romantiques peut s’y déployer. Venise en décrépitude rappelle à l’homme que tout passe. « Du clocher au café » selon la formule célèbre de Chateaubriand. Cependant la vision romantique dépasse la seule vision moribonde. Chateaubriand donne à la ville une portée bien plus profonde mais l’inconscient collectif n’a retenu que la surface des textes. Ils investissent cette patrie d’adoption d’une nouvelle mémoire.
Pour ce qui est de l’abandon auquel la ville est soumise, il est seulement constaté. Ainsi dans les Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand nous dit : « Quand on avise la truelle de mortier et la poignée de plâtre qu’une réparation urgente a forcé d’appliquer contre un chapiteau de marbre, on est choqué. » Et s’il est accentué, il donne lieu à des développements sublimes sur la vanité et la finitude de l’homme. Il est intéressant de comparer à ce corpus les propos d’un architecte comme Viollet-le-Duc, peut-être aveuglé par la nouveauté mais qui montre bien cependant l’exagération des écrivains romantiques : « Venise est la ville la plus poétique de l’Italie, et beaucoup moins délabrée qu’on veut bien le dire ; ses monuments publics sont bien entretenus, beaucoup mieux que le Vatican, ses palais ne tombent pas, mais sont inhabités » (Lettres d’Italie 1836-37, n° 91, 8 juillet 1837). Ce jugement diffère de celui tenu par Gautier dans Italia (1852), récit de voyage mais récit recomposé où il insiste sur les dégradations physiques de la ville. Les récits poétiques comme celui de Childe Harold de Byron développent pleinement une vision apocalyptique : « Oh ! Venise ! Quand tes murs seront submergés, il y aura un cri des nations… » Ce cri est repris par Musset, George Sand… En peu de temps cependant, la ville prendra le visage qu’elle a actuellement. Ainsi Zola nous dit dans Rome en 1896 : « Ce qui a fait sa force, son isolement au milieu du flot, fait aujourd’hui sa faiblesse et sa mort. Aucune résurrection possible. C’est une ville bibelot, une ville curiosité qu’il faudrait mettre sous verre. Elle sent elle-même sa fin, et elle ne veut pas qu’on la modernise, car ce serait la tuer plus vite. Les propriétaires des palais ne réparent rien, jettent les hauts cris, quand on parle de remettre les pierres qui tombent : cela détruit la patine, il ne faut toucher à rien, parce qu’on abîmerait le bibelot. Il faut dire que Venise sent qu’on vient la voir pour sa seule curiosité : elle ne vit plus que pour l’étranger et ce serait le mécontenter, l’éloigner, que de lui abîmer son bibelot. »0b24f044baa9855edf314a709401255e.jpg
Même si la modernisation de la ville est stigmatisée, les écrivains dans leur majorité n’engagent pas de lutte pour la préservation de la ville mais laissent le destin s’accomplir.
84a81f71bafc9731b3e5191428ab2737.jpgJohn Ruskin, moraliste anglican, prônant un naturalisme historique et dont les conceptions architecturales sont pour une bonne part invalidées, réagira contre les atteintes de la vie moderne subies par Venise. Malgré l’aveuglement de certaines de ces théories, il pose une question essentielle à propos de Venise : le problème de la destinée de l’art et de la culture devant le développement d’une civilisation moderne. Il s’opposera à l’architecte Giambattista Meduna, partisan du néogothique et qui selon lui dénature la ville déjà largement abîmée par les aménagements de Napoléon. Il écrira un ouvrage Les Pierres de Venise (1845) qui contribuera beaucoup à l’engouement des Français pour Venise à la fin du XIXe siècle. Un autre courant littéraire, dit décadent, prend le relais des Romantiques et s’approprie Venise, en faisant cette fois de la ville le sujet principal de son œuvre, en développant les métaphores romantiques à leur paroxysme, en construisant à partir d’un élément extrêmement artificiel une nouvelle forme d’expression. La Venise actuelle a hérité de cette littérature une image faite de mode et de mort, d’une classe élitiste et de gens en marge c’est-à-dire les artistes. Alors qu’en France continue de se développer des structures pour la conservation du patrimoine, il est suggéré de maintenir Venise en état de ruine. Au-delà de Thomas Mann et d’Henri de Régnier, dont la prose sur Venise est une des plus belles, Maurice Barrès fait figure de véritable démolisseur, un démolisseur qui souhaite que Venise accomplisse en quelque sorte le destin contenu dans ses gènes et disparaisse engloutie sous nos yeux, comme il le suggère en 1894 dans Du sang, de la volupté et de la mort : « Le génie commercial de Venise, son gouvernement despotique et républicain, la grâce orientale de son gothique, ses inventions décoratives, voilà les solides pilotes de sa gloire : nulle de ces merveilles pourtant ne suffirait à fournir cette qualité de volupté mélancolique qui est proprement vénitienne. La puissance de cette ville sur les rêveurs, c’est que, dans ses canaux livides, des murailles byzantines, gothiques, romanes, voire rococo, toutes trempées de mousse, atteignent sous l’action du soleil, de la pluie et de l’orage, le tournant équivoque où, plus abondantes de grâce artistique, elles commencent leur décomposition. Il en va ainsi des roses et des fleurs du magnolia qui n’offrent jamais d’odeur plus enivrante, ni de coloration plus forte qu’à l’instant où la mort y projette ses secrètes fusées et nous propose ses vertiges. »

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En 1902, Le Campanile de la Place Saint-Marc s’écroule et Barrès clame qu’il ne faut pas le reconstruire mais le laisser tel quel. Dans La Mort de Venise : « Tu nous gênes, tu nous retiens dans un monde inférieur et qu’il faut dépasser. Effondre-toi sous la lagune. ». La conception littéraire égotiste de Barrès, par essence, se détache de la réalité. Comme Proust dans la Recherche, Barrès s’intéresse à la Venise invisible. C’est à son monde intérieur que la ville le ramène, celle à travers laquelle il devient éternel. La ruine fait saillir le temps qui passe, elle est présence d’absence, matérialise le travail inexorable du temps, travail d’autant plus rapide à Venise, ce que ne peut évoquer un monument rénové et investi d’une signification moderne. Barrès fait montre d’un attachement néo-romantique aux ruines, à l’image d’un Rodin qui suggérait de laisser la cathédrale de Reims telle quelle après sa destruction par les bombes et par un incendie en 1915, matérialisant ainsi la barbarie de la guerre. Ainsi la ville est victime de la légende qu’elle s’est forgée. Vécue comme un miracle, l’inconscient collectif envisage en toute logique une punition aux accents célestes et apocalyptiques. La littérature et plus tard le cinéma (La mort à Venise selon Visconti) vont répandre une conception nihiliste. Difficile de délimiter exactement les gens qui sont pour la disparition et ceux qui sont contre. Cet état d’esprit n’appartient pas à une classe sociale déterminée ni à une profession particulière. Récemment, un écrivain américain de « best-sellers », vivant à Venise, à qui l’on demandait ce qu’il pensait de la disparition de la ville, a simplement dit que c’était la fatalité et que « l’on n’y pouvait rien ». Cet écrivain raconte comment ayant acheté un Palais, il s’est aperçu qu’un des murs menaçait de s’écrouler. Plutôt que d’investir pour réparer, il a préféré revendre.
Toute notre littérature a fait beaucoup de mal à la ville car mal digérée par certains qui n’en ont retenu que la panoplie : gondoliers qui chantent des vers de la Jérusalem délivrée du Tasse, ou bien Sole mio, et le tout au clair de lune. Certains touristes viennent exclusivement contempler la moribonde. Pire encore, les étrangers, heureux propriétaires, laissent leurs palais croulants car cela fait « romantique ». Après une mort économique, politique, artistique et démographique, les intellectuels ont contribué à parachever une mort physique. Ce désir de maintenir la ville au bord de la disparition est donc bien réel, même si actuellement il ne constitue pas l’unique volonté.

D’où vient la passion que provoque Venise ? D’une image mythique héritée des strates du passé et dont la ville est désormais l’otage : un gouvernement qui a inventé son Histoire et mit en péril l’observation pragmatique du lieu (Le Corbusier parle de miracle à propos de Venise), et un corpus artistique qui s’est fait le chantre de ce passé ou qui en a réactualisé les symboles. D’un site hors normes : Nietzche qui parlait à propos de Venise de la « patrie de l’âme » l’avait bien compris et l’art moderne en s’y implantant l’a aussi bien compris. Mais surtout, Venise invite à une réflexion sur la crise actuelle de l’urbanisme, sur notre occupation de l’espace et sur sa signification, sur la conservation de notre mémoire. Elle est un symbole pour ceux qui s’insurgent contre la « mondialisation », réunissant en elle ce qu’il peut y avoir de plus sublime et de plus grotesque. Venise ce n’est rien moins que la mise en jeu de la capacité de l’homme à protéger le patrimoine à l’échelle mondiale.
La ville est prise dans une dialectique infernale : préserver les usages mais proposer de nouvelles lectures, préserver le passé mais ne pas s’y engoncer, s’ouvrir à la modernité mais protéger son identité, conserver un cosmopolitisme mais refuser l’internationalisme. Malgré les divergences, la paralysie, l’inaction restent incompréhensibles quand on sait que le temps est le principal ennemi de cette ville. C’est ce dont fait état Gianfranco Bettin dans un ouvrage qui a eu en Italie beaucoup de succès Fin de siècle à Venise : entre mensonges et malentendus, la ville est inactive sur le plan de sa survie et active sur le plan de ce qui fait sa perte (développement des industries modernes).
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Le débat est divisé en deux grands courants : celui pragmatique qui souhaite conserver et restaurer, quitte à transformer la ville en « parc d’attraction », mais qui ne sait comment s’y prendre et celui fataliste qui préfère investir Venise d’une signification moderne et la transformer en symbole déliquescent, conséquence d’un siècle peu soigneux et peu respectueux de sa mémoire et de son passé. Un troisième courant peut-être rêve secrètement de pulvériser le Pont de la Liberté et de rendre Venise à son isolement. Dans tous les cas, il semble que Venise soit malheureusement destinée à devenir un non-lieu, c’est-à-dire une « u-topie » car pour sauver la ville, il faudrait avant tout la rendre à ses habitants ; dans le cas contraire, nous pourrons parler à l’instar de Jean Starobinski de « monument de la signification perdue ». Pourtant à voir tant d’agitations comment concevoir la mort de Venise ?

VENISE SAUVEE, VENISE PERDUE (II)

Les derniers Vénitiens : une résistance désespérée ?

La conservation de Venise passe aussi par la sauvegarde de sa population et donc par la tentative d’enrayer la chute démographique. De 175 000 en 1951, nous en sommes aujourd’hui à environ 70 000 habitants.

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Pourquoi les Vénitiens disparaissent-ils ? La ville, à cause des touristes, tend à devenir la capitale du luxe. Conséquence de la hausse des prix, la « qualité » du touriste baisse et en corollaire, la qualité de l’accueil également. Les visiteurs ne peuvent rester plus d’un jour sans se ruiner (difficile de se loger correctement à moins de 100 € la nuit) et ils préfèrent manger de la cuisine japonaise, participer au carnaval avec des allemands et des anglais, écouter de la musique jouée par des roumains, et être servis par des Milanais expatriés mais pouvoir dire « j’ai fait Venise ». Conséquence : les prix démentiels des denrées ou des logements font fuir la population à Mestre. Ceux qui persistent à vivre sur place se plaignent de l’impossibilité de circuler dans une ville véritable fourmilière. Les débouchés sont extrêmement limités dans une ville qui devient une gigantesque vitrine et dont les principaux emplois sont saisonniers. Comment garder une population jeune déjà complexée par rapport au manque des voitures ? Le strict nécessaire, le confort moderne manquent alors que les boutiques de masques se multiplient et que disparaissent les métiers artisanaux. L’île de Murano produit des objets renommés et sublimes… mais aussi toute une marchandise d’assez mauvais goût (Made in Murano ou made in China ?).
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Aujourd’hui il n’est pas rare de rencontrer des Vénitiens éméchés qui vous apostrophent en vous disant que vous ne comprenez pas cette ville. Se repentant bien vite de leurs injures, ils vous invitent à prendre un verre et - vérité ou mensonge - se disent les propriétaires d’un palace mais préfèrent noyer leur chagrin dans les bars à vin, derniers remparts de leur communauté. Dépossédés, ils ne peuvent que se plaindre de l’internationalisme de leur ville. Le carnaval, tradition à laquelle ils ne participent plus, suprême artifice, les gênent pendant une longue période, mêmes les autres fêtes (comme celle du Rédempteur) ont perdu aux yeux de certains Vénitiens toute leur signification. Les restaurants de nourriture rapide ont réussi à s’implanter en plusieurs endroits et ont même droit à des panneaux publicitaires. Certaines expositions coûteuses et factices ressortent d’années en années les mêmes lithographies d’un Salvador Dali ou d’un Picasso. Venise est sûrement la seule ville où les graffitis sur les murs portent sur des questions artistiques : « A cosa serve l’arte ? », « Biennale di m… » etc. peut-on lire à certains endroits de la ville. Près de la Salute, un petit bar sous des treillis essentiellement destinés aux ouvriers vénitiens était particulièrement apprécié par des étrangers heureux de goûter la même nourriture que le Vénitien de base ! Las ! devant une fréquentation croissante, le petit bar se changea en « snak » et augmenta ses prix… Sur l’île de Burano, les propriétaires sont réduits à une conservation tyrannique de l’apparence de leur ville : chaque maison doit conserver la couleur de sa façade et une couche de peinture doit être passée chaque année sous peine de se voir infliger une amende. Raisons d’un tel décret : perpétuation d’une tradition ? Peur que de nouveaux propriétaires ne respectent pas le site ? ou raisons purement touristiques et économiques ?
Pour interrompre cette hémorragie, la municipalité a, il est vrai, développé les centres culturels, les universités, les associations, les centres internationaux de recherche. Mais la vraie solution aurait été d’implanter à Venise même les centres administratifs de la région. Notons la tentative d’un Vénitien, Lindo Lando qui, pour créer des emplois à Venise, s’est tourné vers le passé de sa ville et a repris la fabrication de la soie (Venetia Studium), en lui donnant une identité propre puisque ce qu’il vend reproduit les œuvres de Mariano Fortuny, dont Proust adorait les tissus. Cette démarche, qui a beaucoup de succès, reste cependant isolée ; de plus elle concerne encore une fois des produits de luxe.8bef319bc1bb5b53be26b26b36f659ed.jpg
Qui sont les derniers Vénitiens ? Contrairement aux habitants de la Cité de Carcassonne qui « jouent » à être les ancêtres des habitants de la forteresse médiévale, les Vénitiens sont des aristocrates, au sens où leurs familles occupent ces terres depuis des siècles. Il est peut-être prématuré de la part des sociologues de parler déjà à propos de Venise de « ville-musée » ; c’est régler un peu vite le sort du peuple des Vénitiens, c’est se rendre trop vite au monde des apparences. Derrière les couches de touristes en bermuda des gens vivent, mangent, meurent, prient… Déjà en 1850, Arsène Houssaye dans son Voyage à Venise écrivait : « Aujourd’hui, il n’y a presque plus de Vénitiens dans ces beaux palais du style oriental. Les Vénitiens du XIXe siècle sont les Russes et les Anglais à moitié ruinés qui habitent ces demeures princières pour faire des économies. »
Que dire de ce peuple ? Au fond il fut un peuple voyageur mais extrêmement autarcique quant à son propre territoire. Vivre à Venise c’est encore vivre une vie de quartiers. Tout au long des siècles, si les voyageurs Français, Anglais, Allemands rapportent l’image de gens pittoresques, ils rapportent également l’image d’un peuple un peu renfermé sur lui-même qui refoulait à la périphérie les étrangers qu’ils se devaient d’accueillir pour des raisons diplomatiques (communauté arménienne du cloître de San Lazzaro, par exemple). C’est également pour préserver l’intégrité d’un lieu qui voulait représenter la Jérusalem terrestre, pour maintenir la faveur de Dieu à leur égard, que le gouvernement retrancha les Juifs dans le Ghetto. Ceci est dû bien évidemment à un système politique qui sut pendant plus de dix siècles maintenir une image idéale, galvaniser son peuple et qui sut également au mieux surveiller l’aristocratie comme le dit Montesquieu dans L’Esprit des lois. Privé de la tutelle du Conseil des Dix, le peuple vénitien, miséreux, à partir de l’occupation autrichienne, ne pouvait que continuer une décadence déjà amorcée.
Les Vénitiens étaient les garants de leur ville. La fusion entre eux et leur milieu assurait malgré les problèmes sa survie. La perte des bonnes habitudes est aussi un des facteurs de la dégradation de la ville aujourd’hui. Si, à l’instar de Bernard lamizet, nous étudions la ville comme un langage, Venise tend à devenir illisible. Chaque « palazzo » a une histoire, une légende que chaque Vénitien de naissance connaît encore par cœur, or les étrangers investissent la ville d’une mémoire parallèle. D’autre part, si la dénaturation de la ville n’a eu lieu qu’en partie, c’est parce que la préservation du décor tel qu’il est, entre rénovation et dégradation, attire les visiteurs qui ont le sentiment de se trouver dans une brèche temporelle. Ainsi trois ponts métalliques datant de la Belle époque, modernes et anachroniques ont fini devant les protestations par disparaître. L’absence de panneaux publicitaires contribue également au sentiment d’intemporalité, mais si la somme proposée par une société est assez forte même cette règle est outrepassée (restauration rapide). Seuls quelques « tifosi » rappellent brutalement et bruyamment aux étrangers qu’ils ne sont pas chez eux d’une part et qu’ils ne sont pas dans un lieu irréel d’autre part. La ville est sous tutelle de l’Etat et sous l’observation d’organisations internationales : paradoxalement, c’est d’une réelle aspiration vénitienne à sauver la ville qui manque. Mais ce peuple n’a-t-il pas conservé de ses ancêtres une habitude d’encadrement et de soumission qui l’empêche aujourd’hui de réagir efficacement ?

La sauvegarde de Venise autrefois : la magistrature des eaux et l’époque moderne

L’histoire de la Venise des premiers jours se décompose en deux temps : le temps de la réalisation et celui de la conservation. Dès le départ Venise est en train de couler. La sauvegarde de la ville est un problème endémique. Et parce que le gouvernement prend conscience très rapidement de la fragilité du lieu où il réside, et de l’importance de la lagune comme forteresse, de grands travaux hydrauliques pour sauvegarder la ville vont peu à peu être mis en place. Dès le XVIe siècle, la peur des inondations est présente et le Conseil des Dix nomme une magistrature des eaux (le Conseil des Sages) qui est chargée de sauvegarder la lagune et ses cours d’eaux. Enfreindre les lois sur les eaux (pêche sauvage, barrages…), c’est commettre un crime de haute trahison et encourir des peines plus que sévères : œil arraché ou main coupée. Dans un registre du Conseil des Dix, à la date du 7 août 1501, il est demandé de mener des recherches approfondies : « Etudier toute la lagune, les terres, les alentours depuis Malamocco jusqu’aux confins représentés par les trois ports. » Daniel Barbaro, noble vénitien et grand théoricien, en charge des projets territoriaux met en avant la guerre qu’est en train de mener la mer contre la ville. Vers le milieu du XVIe siècle, déjà deux points de vue se faisaient front sur les causes de l’enfouissement de la lagune et sur les solutions à adopter. Là encore cette polémique empêcha le gouvernement vénitien d’agir durant des décennies. Christoforo Sabadino avait été nommé par la Magistrature des eaux responsable technique. Sa théorie reposait sur une appréciation bénéfique du rôle des marées, le flux permettant le renouvellement des eaux. Voici ce qu’il écrit dans son rapport à la Magistrature des eaux : « Je dis que pour sauver cette lagune, il y a deux solutions : la première renforcer les plages ; la seconde la plus importante de toutes : dévier les fleuves hors de la lagune. » Deux autres érudits vénitiens, dont Alvise Cornaro, originaire de Padoue, étaient opposés à sa conception et voyaient au contraire dans les marées la cause de l’enfouissement et préconisaient le comblement des canaux : pour eux les courants marins transportaient de la terre et la déposaient dans la lagune. Nous voyons que les débats, il y a des décennies étaient déjà ceux d’aujourd’hui. Finalement le Conseil des Dix adoptera le point de vue de Sabadino, qui rejoint celui de la classe dominante maritime, et déviera de leurs cours les fleuves suivants : le Sile, le Brenta, et le Piave. Cette mesure sauvera la lagune, mais l’exposera à un nouveau danger qui est celui de l’érosion des plages. En 1721, la Magistrature fait appel à un ingénieur Bernadino Sendrini qui a l’idée de protéger les plages naturelles par un mur de pierre qui séparera la lagune de la mer ; et ces pierres, il va les lier entre elles par un ciment capable de résister à l’eau. Il crée un mélange fait de chaux et de « puzzolane » qui se révèle non seulement résistant mais qui durcit au contact de l’eau. Ces fameux murs subsistent encore aujourd’hui. Dès le début, nous voyons que le gouvernement a mis en place une politique efficace de sauvegarde. Conscient que la multitude empêche la prise de décision, il nomma une commission spécifique destinée à décider et des « seigneurs de la nuit » chargés de surveiller l’évolution de la situation. La République vénitienne prit le parti de rester le plus possible fidèle aux origines du site et de ne céder à la transformation qu’en cas de péril. La fragilité du lieu fut proportionnelle aux contrôles mis en place mais les dirigeants surent concilier les antagonismes, en conservant une réflexion interne et limitée à un nombre de personnes restreint.
Jusqu’à l’invasion de Bonaparte, le gouvernement vénitien a donc pris en charge le destin de sa ville, un destin collectif. Poursuivant le mythe d’une ville complète, souhaitant entretenir aux yeux du reste du monde l’idée d’une ville miracle, il a imposé un langage et une lecture de sa ville. Si tous les moyens sont mis en œuvre pour entretenir le territoire, la règle générale est de masquer les efforts fournis pour cet entretien. Les registres contiennent les décisions prises mais en aucun cas, il n’est fait mention des difficultés rencontrées : on exécute. D’où l’erreur de beaucoup d’historiens jusqu’à présent de s’être laissé berner par une vision idyllique, alors que la construction puis la préservation de la ville est quelque chose de colossal. Au XIXe siècle le contraste entre la ville avant 1797 et après est d’autant plus frappant. La ville va connaître successivement le joug des Autrichiens, du Royaume d’Italie de Napoléon, à nouveau des Hasbourgs avec une courte interruption en 1848/49 avec la tentative de Daniele Manin de rétablir la République, pour finir par être intégrée au Royaume d’Italie. C’est fin XIXe, début XXe siècle que la ville va connaître ses plus grands bouleversements (architecturalement, vont apparaître le néo-classicisme, le néo-gothique, l’art déco, l’art moderne… Certaines constructions modernes ne manquent pas d’intérêt comme le magasin Olivetti de l’architecte Carlo Scarpa dans la Fondation Querini Stampalia : la mosaïque au sol recrée les reflets optiques de l’« acqua alta » à laquelle elle est souvent confrontée) et que les conflits vont s’étendre à des personnes extérieures à la ville. Napoléon causera déjà par de grands travaux des dommages dont les visiteurs actuels ne sont pas forcément conscients : comblements de canaux, destructions de quantité de monuments, dispersion d’œuvres d’art, suppression de l’ordre religieux et donc suppression de garants du patrimoine, architecture néoclassique, création d’espaces verts etc. La volonté de Napoléon était d’affirmer la présence de son pouvoir et de faire oublier les signes du passé en donnant une nouvelle lecture de la ville. Les Autrichiens vont eux aussi aménager la ville mais en la modernisant plus qu’en la préservant, oubliant d’entretenir les murazzi et de draguer les canaux. Ils sont responsables du Pont de la Liberté en 1833, qui relia pour la première fois l’île à la terre ferme (stigmatisé par Chateaubriand dans les Mémoires d’Outre-tombe) de la voie ferrée en 1846 et de ponts en fer depuis détruits (dans Au Pays du soleil (1884), Victor Fournel dit de ces fameux ponts : « Passerelles bâties […] par un ingénieur anglais, barbare civilisé qui a pris Venise pour Londres et le Canalazzo pour la Tamise). L’occupation autrichienne va prolonger la décadence de la ville. Economiquement, les nouvelles liaisons vont transformer les moyens de transport et bouleverser la répartition sociale de la population. En perdant son gouvernement, la ville a perdu ce qui garantissait son intégrité et sa valeur. Le discours produit par ce gouvernement garantissait la sauvegarde de la ville. Comme l’a dit Madame de Staël, même s’il s’agissait d’un gouvernement despotique, « omniscient », qui n’éclairait pas son peuple mais le divertissait, il avait toute autorité sur celui-ci. Mise au même rang que d’autres villes industrielles, confrontée à deux siècles progressistes, Venise ne pouvait qu’en payer lourdement le prix.
Le 4 novembre 1966, un danger qui n’était jusqu’alors que textuel et théorique, se matérialise par une marée qui va atteindre 194 cm, submerger la ville pendant dix-huit heures causant d’énormes dégâts et détruisant les murazzi du XVIIIe siècle. Un article de Bernard Champigneulle paru en 1970 dans la Revue des deux Mondes, rapporte l’événement et insiste sur la prise de conscience mondiale d’un danger pesant sur Venise. Peu après la catastrophe, l’UNESCO lance un appel de demande d’aide car le gouvernement italien n’a pas assez de moyens : commissions italiennes et étrangères sont créées. Des projets délirants sont envisagés (voie ferrée aérienne reliant Venise et les îles, métro souterrain etc. ). Le danger était pourtant connu depuis un certain moment : en 1962, les autorités avaient dits qu’elles adopteraient un plan régulateur concernant Venise et sa lagune mais celui-ci resta théorique. Avant 1966, les Italiens dont de grandes familles patriciennes avaient tenté d’alerter l’opinion publique. Ainsi la comtesse Foscari avait donné à Paris des conférences et une exposition avait été installée pour montrer l’abandon dans lequel se trouvait le patrimoine architectural. En 1969, l’NESCO publie un rapport « Sauver Venise » et c’est à peine en 1973 que l’Etat italien adoptera une loi pour organiser et financer un projet de sauvetage intitulé MOSE, l’ancêtre des panneaux mobiles dont nous avons parlé et finalement mis en construction à peine en 2001. Mais la bonne volonté qui semblait percer n’a pourtant donné lieu qu’à des mesures insuffisantes : quelques digues, quelques plages stabilisées et un projet en cours dont on ignore la réelle efficacité. Une quarantaine d’années après, la situation semble en proie à la paralysie.

Photos Florence Brieu-Galaup, tous droits réservés.

02/06/2008

VENISE ET LES ECRIVAINS ROMANTIQUES FRANÇAIS

"Venise, un refuge romantique, (1830-1848)" de Florence BRIEU-GALAUP, éd. L'Harmattan.
EXTRAIT :
Une hégémonie culturelle
Quand il ne suscite pas un dégoût dû à une présence hégémonique, qu’évoque le nom de Venise dans la société actuelle ? Selon le destinataire de la question, des images bien dissemblables. Dans une perspective populaire, Venise symbolise la ville des amoureux. Si cette image caricaturale et populaire, malaisée à dater précisément, fait figure d’illusion, elle repose bien cependant sur la nature du lieu (configuration architecturale qui facilite l’isolement) et n’est pas le seul fait d’un mythe. Mais Venise est aussi une ville d’art, une ville historique ; c’est également un lieu réel avec des données sociales particulières. e6a43cacef04572b2c57b3649a38f9de.jpgPourtant, ce lieu réel tend à être supplanté par la dimension romanesque qui lui est attachée. « Certaines villes ont un poids littéraire énorme » (Michel Butor, « La ville comme texte », p. 33) et Venise, en effet, est aussi la capitale d’une géographie littéraire. La ville a inspiré un nombre incommensurable d’écrivains et possède toujours un large rayonnement dans notre culture. L’édition actuelle nous submerge d’ouvrages la concernant, carnets de voyage, albums de photographies, livres d’art, bandes dessinées et également anthologies. Si nous concentrons notre attention sur ces anthologies, nous observons l’élaboration d’une histoire de la ville comme « genre littéraire ». Cet inventaire, « après-coup », en rassemblant des morceaux épars sans souci d’analyse, ne propose une approche que trop superficielle. La diversité proposée par la nature propre de l’anthologie, la multiplicité de textes auxquels la ville seule donne un point commun, ne permettent ni de rendre compte de l’importance et de la valeur accordées à Venise au sein de l’œuvre dont elle est extraite, ni de repérer les composantes précises d’une image de la ville à un moment donné. Ces compositions, souvent thématiques, en reliant des textes d’époques et de genres différents, juxtaposent des images de Venise presque semblables. Ces images n’en forment alors qu’une seule, aux contours mouvants, la faisant sembler au résultat obtenu par le praxinoscope, ancêtre du cinématographe : « L’arrivée à Venise », « Arriver à Venise », « La ville des peintres », « Les peintres vénitiens », « Vivre à Venise », « Etre Vénitien », etc. La mosaïque ainsi obtenue peut laisser croire à un intérêt pour la ville certes constant mais de même intensité et de même contenu ; or ce n’est pas exactement le cas.
Au-delà de la facilité de l’exercice que constitue la composition d’un florilège de textes, de l’attrait purement esthétique pour des œuvres qui privilégient le descriptif et du potentiel romanesque attribué au lieu, quelle est la genèse d’un tel engouement pour Venise ? Cette surabondance d’études et d’écrits dans la culture contemporaine est, selon nous, l’héritage d’une histoire d’amour entre le peuple français et la ville qui va de l’émerveillement d’un Philippe de Commynes, en passant par l’étonnement d’un Montaigne, jusqu’à l’acharnement impérieux de Napoléon Bonaparte et au-delà. Mais cette présence excessive, repérable sur des supports de communication multiples, outre une relation privilégiée et nationale, traduit une Venise devenue le symbole de préoccupations internationales : ceux qui, tel Régis Debray dans son Contre Venise, notent avec écœurement l’omniprésence de la ville dans notre culture et font de la trop fameuse presqu’île le refuge exclusif des nantis, oublient souvent d’interpréter les causes de cette omniprésence et n’en restent qu’aux manifestations les plus visibles mais les moins significatives. La suprématie de l’image de Venise tient à la transformation de la ville en un symbole, « signe de reconnaissance » pour une partie de notre population. La conservation de Venise, envisagée comme le fragment d’une civilisation et d’une organisation urbaine idéales, est devenue un enjeu qui préoccupe acteurs de tous bords, notamment les Français et pas seulement des Vénitiens qui se considèrent parfois envahis et dépossédés. Au-delà de dimensions patrimoniales et économiques, la ville est - utopiquement - un refuge; et c’est même actuellement l’ultime refuge : beaucoup rêvent de vivre à Venise afin de changer de mode de vie, de mode de pensée. Le lieu cristallise le rêve de fuite de l’Européen occidental qui cherche à échapper à ses responsabilités. L’attrait vénitien ne réside donc pas exclusivement dans une débauche de luxe mais dans une soif de contemplation du beau, dans la recherche d’un lieu de vie séduisant, où le corps entretient une relation inédite avec l’espace, où l’être humain peut envisager une alternative aux désagréments du monde moderne.
Cette idée de refuge, en filigrane dans notre perception actuelle de Venise, peut se lire déjà dans la littérature du XIXe siècle avec des causes contextuelles, certes différentes, mais qui sont cependant à l’origine des nôtres. Plus encore peut-être que les œuvres d’imagination, les récits de voyage « phagocytent » le folklore et l’Histoire vénitienne, en compensation d’une identité perdue et de repères qui font défaut, tout en insistant complaisamment sur la nostalgie suscitée par un lieu au passé glorieux et au présent délitescent. Les contemporains de la fin de la République de Venise et de sa déchéance immédiate ont certainement eu le sentiment d’être les témoins privilégiés de la chute d’une ville et d’un Empire dignes de ceux d’Alexandrie. Cette chute résonne encore dans notre monde contemporain et a hissé Venise au rang d’autres grandes villes mythiques telles Ninive ou Babylone, de ces villes dont le destin fut tragique.

1830 - 1848 : un refuge romantique

« Venise n’est pas une ville de rêve, c’est un rêve de ville, la forme pure que peut souhaiter rencontrer l’imaginaire dans ses divagations architecturales. » (Dictionnaires des littératures française et étrangères). Elle est inespérée en tant que contenu artistique propre à susciter le désir de créer : elle matérialise les visions fantasmées de pays imaginaires, en ce qu’elle est constituée d’éléments jugés incompatibles ou dont la coexistence paraît incertaine dans leur réussite. Première ville au sens actuel du terme, c’est-à-dire construite sur un plan d’urbanisme bien précis, elle est le comble de la civilisation en ce milieu fascinant qu’est l’insularité. Si nous la qualifions d’inqualifiable, c’est que, pour filer une métaphore langagière, elle est une sorte d’hapax du monde urbain. Quelle ville peut se prévaloir d’un tel site, d’une telle Histoire et également, car là est le paradoxe, d’une telle longévité ? « On peut avoir vu toutes les villes du monde et être surpris en arrivant à Venise » nous dit Montesquieu. Elle offre des aspects exceptionnels dans tous les domaines : religieux, politiques, littéraires, moraux, théâtraux, artistiques, musicaux. Venise est unique et les seuls parangons qu’elle puisse faire naître sont de l’ordre de l’imaginaire : point d’autre ville semblable en ce monde à Venise. Jean d’Ormesson, qui y séjourne régulièrement, conserve à son égard un sentiment extatique : « Aucune ville au monde, ni New York, ni Ispahan, ni Lahore, ni Persépolis, ni Palmyre ou Fathepur Sikri, ni Florence ou Sienne - ni même Paris, Jérusalem, ou Rome, la ville par excellence -, n’a suscité autant de rêves et fait couler autant d’encre que Venise. » (J. d’Ormesson, Venise entre les lignes, p. 9.). 086015628792ecd96d1c1d4349366d5c.jpgL’Italie et Venise ont souvent été étudiées dans leurs rapports avec la littérature française, tout spécialement Venise avec celle de la fin du XIXe siècle. La ville y est le salon intellectuel et macabre d’écrivains tels que Paul Bourget, Henri de Régnier, Paul Morand ou encore Maurice Barrès. Dans Paris-Venise 1887-1932 : La « folie vénitienne »…, Sophie Basch s’est intéressée à la Venise de ces écrivains. Elle nous apprend, citant Jacques d’Adelswärd-Fersen, que Venise « est aussi "le dernier refuge des monstres et des artistes", ces monstres et ces artistes que la société industrielle se chargera d’éliminer en aplanissant et uniformisant tout l’univers » (p. 181). La littérature concernée ici, très différente de celle qui nous occupe, prolonge cependant notre idée de fuite.

Bien que présence non ostentatoire, la ville a imprégné profondément le tissu littéraire de la génération précédant cette génération dite « décadente ». S’il est vrai que Venise de tout temps fascine, le courant romantique a su exploiter l’image que l’époque avait de la ville afin de l’intégrer à son esthétique. Cette époque romantique, et particulièrement les années 1830-1848, de la Révolution de Juillet à la Révolution de Février, sous le règne perturbé de Louis-Philippe, est marquée par une augmentation considérable des écrits ayant trait à Venise : les événements historiques d’alors semblent être en relation directe avec l’augmentation de ces écrits, et ce à plusieurs niveaux. La ville possède une valeur exemplaire et elle est souvent prise comme modèle ou repère pour repenser un monde, vécu comme chaotique, en évolution rapide et constante. Aspects politiques, religieux, mystiques, industriels, sont redéfinis à l’aune d’un système disparu mais rayonnant de sens. Les deux dates choisies sont donc motivées d’un point de vue contextuel. Elles le sont également du point de vue de l’activité artistique. En 1829, Casimir Delavigne inaugure le théâtre romantique avec un épisode de l’Histoire de Venise, la fin du doge Marino Faliero et, en 1848, sont publiées les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand. Pour 1848, il s’agit bien, concernant notre étude, d’une date symbolique, puisque le texte sur Venise de Chateaubriand n’a pu influencer les ouvrages qui nous intéressent. Entre ces deux dates, nos écrivains, artistes reconnus ou voyageurs ordinaires, auteurs d’œuvres de fiction ou de récits autobiographiques, vont se livrer à une véritable célébration de Venise.
Complexe, la notion de romantisme désigne plus ici une période et un paysage artistique qu’un ensemble de règles stylistiques. On sait la polysémie du mot et les nombreux paradoxes qu’il semble contenir tant sur un plan formel qu’idéologique. Francis Claudon évoque ainsi la « coexistence [de] tendances contradictoires » dans la poétique des romantiques et l’article du Dictionnaire des littératures française et étrangères insiste sur les contradictions de l’artiste romantique, « monarchiste puis libéral, aristocrate et populaire, cynique et plein d’énergie ». Or Venise semble idéale pour incarner les contradictions des romantiques et leur attrait pour la dialectique des contraires. Alliant grandeur et décadence, la ville associe un univers instable à un univers contrôlé dont le contraste est source de sublimité : les ouvertures maritimes et célestes et la splendide limite architecturale, l’élément liquide et l’élément solide, la réalisation d’une synthèse inattendue de différentes époques, de différents concepts artistiques sont autant de matériaux inespérés pour l’imagination. « La foi romantique » qui, comme nous le dit Paul Bénichou, a précisément pour ambition de « relier le terrestre et l’humain à l’idéal » avec ce que cette chose comporte « d’incertain et de dramatique » (L’école du désenchantement, p. 7), trouve en Venise un lieu contrasté, à la fois trivial et sublime, enchanté et désenchanté, un lieu miraculeux et déchu qui, tel un paradis perdu, a été sanctionné pour ses fautes. Mais Venise offre la possibilité de développer d’autres éléments chers au mouvement romantique : les passions amoureuses secrètes, les traditions folkloriques, la prise de conscience du temps qui passe, le lien entre l’Occident et l’Orient. Plus particulièrement, la ville se fait le support d’une fuite (dans le rêve, dans le passé, dans l’imaginaire, dans l’exotisme, etc.) et, en même temps, constitue le support d’une dénonciation du capitalisme naissant et d’un refus du règne du mercantilisme.
Etre un lieu de refuge, c’est initialement la première fonction de Venise : l’île a commencé par abriter des gens qui fuyaient les invasions barbares menées par Attila. De plus, historiquement, Venise a longtemps été une des villes les plus libres. Notre étude révèle une ville refuge géographique concret mais également refuge intellectuel, à la fois éditorial et littéraire. Les artistes se réfugient à Venise (George Sand y prolonge son séjour le temps que les commérages parisiens à propos de sa rupture avec Musset s’apaisent) mais aussi les personnages historiques et leurs doubles de papier (Lorenzaccio). A travers elle, certains écrivains échappent aux frustrations liées à leur pays ou à leur art : la ville permet le dépaysement intérieur et extérieur, le voyage physique et le voyage dans le passé. Se réfugier, c’est se protéger mais c’est aussi fuir, fuir plutôt que de se révolter contre un contexte politique décevant et une réalité tout aussi décevante. Fuir à Venise, c’est s’immerger dans les rêves que suscite la splendeur d’un lieu où l’illusion du temps suspendu permet la réflexion et la contemplation. La ville donne la possibilité de s’évader, un temps, d’une réalité où le fini est omnipotent et de se retrouver dans un monde qui, au contraire, est infini. Ainsi, le lieu est sublime dans le sens où il procure une jouissance esthétique paroxystique et communique un sentiment d’élévation.
La ville, que défigure la présence autrichienne, (en 1797, après avoir mis fin à la République, Napoléon la livre aux Autrichiens), devient également un espace de médiation qui fait écho aux préoccupations des voyageurs français, nouveaux « antiquaires », qui évoquent les dilemmes et les aspirations de l’époque. Les écrivains développent, à partir du décor vénitien, une dimension mélodramatique fondée sur une conception stéréotypée de la ville (la folie et la violence sont les attributs du peuple décrit), une dimension sociale et morale (description et exaltation des mœurs vénitiennes), une dimension fantastique (exploitation des légendes locales), politique (analyse de l’organisation gouvernementale), religieuse (admiration pour la piété vénitienne), ethnologique (importance accordée au folklore) et esthétique (description du paysage urbain, exaltation de l’art vénitien). Par le truchement de Venise, érigée en capitale du désenchantement, les artistes expriment leurs hésitations entre évasion et révolte, ainsi que leurs désirs de libre expression et d’affirmation de l’individu, qu’ils confrontent au modèle vénitien.
Cependant, pour nos auteurs, cette matière idéale est également dangereuse : médusante, n’a-t-elle pas fourvoyé certains d’entre eux sur la pente des lieux communs ? Le critique littéraire Nisard disait préférer, en parlant de Musset, « un poète sans sujet qu’un sujet sans poète ». Malheureusement si nous appliquons ce chiasme à notre ville, Venise est un sujet poétique mais souvent un sujet sans poète. La ville possède ce que nous pouvons appeler une sorte de réservoir thématique mais il ne suffit pas à l’écrivain, qui a entrepris de situer son roman ou son œuvre à Venise, de puiser dans ce réservoir pour écrire un chef-d’œuvre. Pour certains de ces écrivains, l’intention n’est même pas de produire un chef-d’œuvre mais d’être lu par le plus grand nombre en attirant les lecteurs avec ce que le nom seul de la ville suffit à susciter de rêves. La répétition infinie et rassurante des mêmes descriptions, des mêmes formules, des mêmes personnages ou idées nourrit une littérature populaire où l’écrivain disparaît derrière une représentation uniforme de la ville. Ainsi, nos textes véhiculent des stéréotypes en même temps qu’ils en créent de nouveaux : lieux communs (idées devenues banales comme l’engloutissement prédit de la ville, la cruauté de la Sérénissime), clichés (formules figées telles la gondole qui est un « cercueil flottant », « Venise la belle » ou « Venise ressemble à un palais des Mille et une nuits »), archétypes (modèle fictionnel qui peut s’inspirer du réel : la Vénitienne séquestrée dans son palais et enlevée par celui qu’elle aime) et stéréotypes (opinions qui touchent aux liens sociaux : les Vénitiens sont peu communicatifs, les Vénitiens sont de grands voyageurs, etc.). Pour beaucoup de voyageurs, en effet, la ville est d’abord une « construction de l’esprit sans relation avec la réalité » (Dictionnaire historique de la langue française). La dimension mythique de Venise prend sa source dans un ensemble de croyances, de perceptions illusoires, d’idéalisations liées sans doute au contexte de l’époque et à ses insatisfactions artistiques et politiques. Les textes montrent que la fascination suscitée par la ville la transforme en un lieu irréel. S’appuyant sur des faits historiques, les légendes se multiplient. Simplifié ou exagéré, le passé de la Sérénissime tend à faire de Venise une ville exceptionnelle dont l’existence est quasi surnaturelle. Mais le mythe vénitien peut aussi faire référence à une dimension fabuleuse : à la réalité de la ville peut se substituer la narration d’un récit symbolique qui a valeur d’exemplarité (par exemple, la ville d’essence divine est châtiée pour ses péchés). Si les voyageurs commencent pour certains à désacraliser la légende d’une ville d’une beauté unique et d’une puissance inégalée, peu à peu, à l’image de la République glorieuse et effrayante succède l’image d’une ville vouée à l’engloutissement.

D’autres écrivains ne se laisseront évidemment pas enfermer dans un usage conformiste et Alfred de Musset, par exemple, saura ajouter à sa vision de Venise l’ironie et le cynisme présents dans le reste de son œuvre. Les topoï que nous avons repérés, dominants mais non exclusifs, laissent parfois place à des compositions marginales qui se démarquent, en partie, des schémas traditionnels, qui offrent des éléments de renouvellement et qui proposent un rapport plus intime avec la ville. Plus précisément, le lieu commun (dans son origine grecque de koinos topos, « fondement d’un raisonnement ») concourt à structurer l’écriture mais également parfois à vivifier l’imagination. Le stéréotype, au sens large, n’implique pas systématiquement la notion de péjoration, ni celle de véracité. La difficulté est de cerner dans quelle mesure le stéréotype déterminé précède ou non l’époque choisie et à quel moment peut apparaître la péjoration. La constitution d’une image littéraire de Venise est un jeu d’oscillations entre la doxa et le paradoxe, au sens étymologique : « qui est contraire à l’opinion commune ». Dans cette perspective, Venise devient un enjeu d’écriture : pour vivifier l’image de Venise, l’écrivain doit donc désamorcer le lyrisme, trouver une écriture et un univers personnels.

Photos Florence Brieu-Galaup, tous droits réservés.

01/06/2008

GASTRONOMIE VENITIENNE

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Lors de mes recherches littéraires sur la Venise du XIXe siècle vue par les voyageurs français, je m’attendais à trouver de larges commentaires sur les spécialités vénitiennes. Je fus plutôt déçue. Cependant, George Sand, dans sa Correspondance, dit se régaler des moules agglomérées au bas des palais !… (Il n’est guère étonnant qu’Alfred de Musset et elle-même tombèrent malades). Dans Le Landscape français (1833), Théophile Gautier fait des aristocrates déchus des mangeurs de maccheroni ! :"Les anciens nobles végètent obscurément dans quelque coin de leur palais, sous les combles, mangeant du macaroni au fromage avec leurs valets, à demi vêtus de guenilles pour ménager leurs habits neufs, ne lisent pas, ne s’occupant de rien" (p. 21). Dans son guide, L’Italie confortable (1841), Valéry (pseudonyme d’Antoine-Claude Pasquin) prévient précisément le voyageur des dangers de la consommation de certains crustacés et de certains vins frelatés. Il s’extasie également sur l’abondance des produits frais (poissons, viandes, légumes et fruits), apprécie particulièrement la confiture de pêche, les « dolci » (gateaux) et le café : « Le café se prend perpétuellement et par petites tasses […]. Il est supérieur à tous les cafés de la chrétienté, surtout chez Florian. » eed5045d1c679f854d908a29290e7fdd.jpgd88e85355332111a2f20a286e94c337e.jpg
De nos jours, Venise est réputée pour faire payer cher à ses touristes une nourriture pas toujours divine. L’excellent ouvrage de la Vénitienne Michela Scibilia, « Où se restaurer à Venise », expose tout ce qu’il est nécessaire de savoir et fait un tri efficace et séduisant. Les Vénitiens ont pour habitude de prendre au comptoir des « cicheti », petites bouchées comparables aux « tapas » espagnols, qu’ils prennent avec une « ombra » de vin. Les principales spécialités vénitiennes à déguster sont ensuite le fegato alla veneziana (foie de veau souvent accompagné de polenta), risotti de toutes sortes, sarde in saor (sardines frites et marinées avec des oignons, du vinaigre, des raisons secs et des pignons). Personnellement, « l’Osteria da Alberto », pour ses « spaghetti alle vongole » (spaghetti aux palourdes), ses melanzane alla siciliana (aubergines à la sicilienne), et ses poissons grillés, entre autres, et « l’Antica Birraria la Corte », pour ses pizzas à la mozzarella di bufala (de bufflonne), ont mes préférences (en toute subjectivité). 6651998f64b61f2807045388784a16ec.jpg
Si vous êtes bien aiguillés, la cuisine vénitienne peut se révéler, en tout cas, littéralement renversante. N’est-ce pas Jacques ?… (cf. photo).

29/05/2008

"VENISE, UN REFUGE ROMANTIQUE"

b6e05a66f8685f3db94992c032cd87ee.jpg"Venise, un refuge romantique, 1830-1848" de Florence Brieu-Galaup, éditions l'Harmattan.
Résumé : Fascinante de nos jours, Venise l’est déjà entre 1830 et 1848 pour des auteurs aussi célèbres que George Sand et Alfred de Musset, mais également pour un nombre d’artistes de notoriété moindre. Face à un contexte politique décevant, la société française est en quête de nouveaux repères. Symbole d’un monde disparu, Venise, république déchue, meurtrie par Napoléon, occupée par les Autrichiens, devient à la fois un lieu de fuite et une source d’inspiration. Nos voyageurs et artistiques romantiques, animés de sentiments contradictoires – nostalgie du passé, peur de l’avenir et foi dans le progrès – se servent de l’histoire glorieuse de la ville pour repenser les questions sociales, religieuses ou artistiques de leur époque. Au sein d’œuvres de fiction et de récits de voyage, la ville est tour à tour célébrée et désacralisée. Qu’il s’agisse d’exercices de style ou de renouvellement littéraire, les écrivains imaginent des intrigues romanesques savoureuses : Vénitiennes séquestrées, aristocrates débauchés et ruinés, monstres errant sur les canaux. f05d3a9ee9aa4b01c2185905fa2d7614.jpg
Parallèlement, les voyageurs livrent leur étonnement devant cette ville irréelle, dont le caractère labyrinthique, les somptueux palais et la lagune lumineuse font naître un sentiment de liberté et suscitent la rêverie. Anticipant les débats contemporains sur la conservation du patrimoine, ils s’émerveillent de l’urbanisme atypique de Venise qui s’oppose à l’industrialisation naissante des grandes villes et qui invite à une recherche du beau et du bien.

http://www.editions-harmattan.fr