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13/07/2014

Un Persan à Venise

Esprit éclairé, Montesquieu a fondé son savoir sur l'expérimentation. Dans "Les Lettres persanes", il réalise une satire déguisée des mœurs, de la société et des lois de son époque. Le choix du roman épistolaire permet à l'auteur de varier les points de vue et d'exposer différentes thèses par le biais des échanges entre plusieurs personnages. Deux Persans, Rica et Usbek, découvrent avec étonnement l'Europe et la société française, introduisant une distance naïve et objective qui met en relief les ridicules de cette société et de ses préjugés.
Cet ouvrage nous invite à une prise de conscience de la relativité de nos connaissances. Il nous montre également qu'il n'est pas de société sans justice et sans vertu...
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Rhédi fait partie des amis éclairés d'Usbek. Leurs échanges se font entre Paris et Venise, Rhédi séjournant à Venise. Il représente la jeune génération, capable de s'adapter à n'importe quel milieu et assoiffée de connaissances. Rhédi se montre cependant méfiant à l'égard du progrès occidental. Il confie à Usbek ses doutes et se demande si les sociétés contemporaines ne courent pas à leur perte. Désireux d'un retour à un ordre primitif idéal, il étudie l'histoire des Républiques pour trouver un remède au despotisme.
Il n'est pas inintéressant que le personnage réside à Venise, ville au confluent de l'Orient et de l'Occident, lieu d'ouverture, de passage de grands voyageurs, qui permet un élargissement de la vision des personnages au-delà de l'axe Ispahan-Paris. Même si cela n'est pas dit, Venise est une oligarchie et son mode d'organisation particulière renvoie implicitement aux réflexions politiques de l'ensemble des personnages.

Extraits :
Lettre XXXI
Rhédi à Usbek, à Paris

"Je suis à présent à Venise, mon cher Usbek. On peut avoir vu toutes les villes du monde et être surpris en arrivant à Venise : on sera toujours étonné de voir une ville, des tours et des mosquées sortir de dessous l'eau, et de trouver un peuple innombrable dans un endroit où il ne devrait y avoir que des poissons. [...]
Sans cela, mon cher Usbek, je serai charmé de vivre dans une ville où mon esprit se forme tous les jours. Je m'instruis des secrets du commerce, des intérêts des princes, de la forme de leur gouvernement ; je ne néglige pas même les superstitions européennes ; je m'applique à la médecine, à la physique, à l'astronomie ; j'étudie les arts ; enfin je sors des nuages qui couvraient mes yeux dans le pays de ma naissance."

11:03 Publié dans Livre, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : montesquieu, venise

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