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02/06/2014

Viollet-Le-Duc à Venise

En 2014 Viollet-Le-Duc, restaurateur de la cité de Carcassonne, est à l'honneur dans cette ville avec un colloque organisé par le Garae les 5 et 6 juin.

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Bien qu'anecdotique, il existe un témoignage de Viollet-le-Duc sur Venise dans ses "Lettres d'Italie" (1837). Il s'y rend le 8 juin 1837 avec sa femme et son frère, laissant en France un enfant d'à peine quelques mois. L'objectif de son voyage (d'une durée d'un mois) est l'étude de l'architecture de la ville dont il réalise des croquis ainsi que de l'histoire de l'art : "Il faut voir Venise, mon cher oncle ; on peut considérer cette ville comme en dehors de l'Italie, mais elle n'en est pas moins belle et curieuse. Ici on voit clairement, comment le gothique s'est greffé sur les arts antiques, l'explication en est donnée par une foule d'exemples ; c'est un cours complet, car il n'y a pas une lacune depuis le grec presque pur, jusqu'à la Renaissance.[...] Je n'ai rien vu, ni à Rome, ni à Florence, ni à Gênes, que l'on puisse préférer à l'originale variété qui éclate dans les palais de Venise, ce sont de véritables tableaux dont il faut admirer le dessin, la couleur et l'expression."
Il contredit le lieu commun romantique qui veut que la ville tombe en ruine : "Venise est beaucoup moins délabrée qu'on veut bien le dire ; ses monuments publics sont bien entretenus, [...] ses palais ne tombent pas. [...] Tout est neuf, brillant, tout est coloré, plus de cet ennuyeux poncif qui se traîne partout en Europe." Et lui aussi, sensible au fait de pouvoir arpenter les rues sans se soucier du danger des "voitures" ni d'être importuné par leur bruit, se laisse aller à la tentation vénitienne, c'est-à-dire ce désir de retrait du monde dans un passé nostalgique : "Si j'avais une fortune, je ne trouverais rien de plus délicieux que de venir habiter Venise trois ou quatre mois de l'année dans un de ces palais, qu'avec peu de chose on remettrait dans leur premier état. [...] Les monuments font vivre dans le passé, et le passé c'est la poésie ; le présent n'est jamais poétique. tu dois comprendre comment et pourquoi, sans presque m'en rendre compte, je cherche toujours à repousser ce présent positif dans lequel il faudra cependant que je me jette."

Pour les références exactes, cf. "Le refuge vénitien, espace mythique, poétique de l'espace" de Florence Brieu-Galaup, mémoire de thèse, soutenu le 5 octobre 2006.

Photo Florence Brieu-Galaup (droits réservés).

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