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17/11/2010

Chateaubriand et Proust à Venise III

(Extraits du DEA de lettres modernes de Florence Brieu-Galaup)


1 VENISE COMME OBJET DE DÉSIR


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Biographiquement, pour Chateaubriand Venise est un défi, pour Proust un véritable objet de désir. Chacun à sa manière transcrit cette attente dans le récit et la communique à son lecteur. En démythifiant le mythe, en désillusionnant l’illusion, ils vont dans un premier temps décevoir cette attente. Ainsi, la déception va être un premier moyen de renouveler le topos. Une fois habitués à l’éclat de la ville, nos deux narrateurs s’obligent à affronter une réalité où la mort est en contrepoint de toute festivité. Venise, en tout cas, fait figure, à la fois chez Chateaubriand et chez Proust, de symbole et vient clôturer leurs œuvres respectives.

1.1 La construction du désir

1.1.1 Chateaubriand : chronique d’une ville annoncée
D’un point de vue narratif et indépendant de l’élaboration du texte, Venise est annoncée dans les Mémoires de deux manières différentes. Soit par des références précises où Chateaubriand anticipe sur l’écriture de son texte, soit par des analogies implicites avec d’autres lieux traversés par cet inlassable voyageur. Nous l’avons vu, Chateaubriand crée une attente lorsqu’il se compare à Byron au début des Mémoires et nous prévient de son récit futur sur Venise. Il déçoit une première fois notre désir de lecteur en ne gratifiant même pas d’un adjectif son premier séjour à Venise. Mais la ville est présente sous d’autres formes car elle fait aussi partie de l’itinéraire effectué par Chateaubriand tout au long de son existence : au fil du temps, les lieux finissent par se définir en comparaison avec d’autres lieux : « Ce lieu est propre à la réflexion et à la rêverie ; je remonte dans ma vie passée ; je sens le poids du présent ; je cherche à pénétrer mon avenir : où serai-je, que ferai-je et que serai-je dans vingt ans ? » (MOTL, p. 7) Les lieux s’appellent les uns les autres, se superposent les uns aux autres et entraînent des béances temporelles. Ils ne sont pas une simple étape mais engagent à chaque fois une réflexion qui provoque un « tremblement du temps » : « Je me suis souvent demandé en traversant des hameaux inconnus : « Voudrais-tu demeurer là ? » Je me suis toujours répondu : « Pourquoi pas ? » (MOTL, p. 415). Les lieux laissent entrevoir les ramifications d’une destinée qui aurait pu être autre : se confondent parcours réels et parcours fictifs. Chaque lieu traversé par Chateaubriand entre donc en résonance avec d’autres lieux réels ou même imaginaires. Dans les Mémoires, Chateaubriand se laisse rarement aller à une pure contemplation du présent. Le passage sur Venise contient implicitement toutes les étapes du voyageur et particulièrement les toutes premières. Le pseudo Eden américain précède la catastrophe révolutionnaire et provoque le désir à chaque voyage de la découverte d’un espace de plénitude. Le séjour à Jérusalem contient les mêmes désillusions qui seront exprimées par le mémorialiste à Venise. Dans l’itinéraire qu’est celui de l’écrivain, l’Italie possède une place à part entière dans cette recherche d’un paradis terrestre.

1.1.2 « Dernières italiques » : l’Italie comme espace privilégié
En effet, c’est avec ce pays que Chateaubriand entretient les liens les plus privilégiés : « À Prague, Chateaubriand avait fantasmé l’Italie comme un exilé le sol natal : l’architecture « sudiste » de la ville, sous cette lumière malade, lui avait paru faire dissoner un contresens presque parodique. » Si l’Enchanteur a - presque - tout connu, il n’en a pourtant pas encore fini avec cette contrée là : « Creusant le regret, elle creuse aussi l’attente : l’Italie est sans doute le seul lieu qui ne fane pas tout à fait le souhait d’y aller encore, même quand on est revenu de tout et de partout. » Rome, « assise sur la pierre de son sépulcre, avec sa robe de siècles » (MOTL, p. 511), occupe une place de premier choix. Nommé comme secrétaire d’ambassade, sous les ordres du cardinal Fesch, Chateaubriand arrive dans la « ville éternelle » le 27 juin 1803. Mais très vite il agacera et sera rappelé à Paris en 1804. Il en rapportera cependant un superbe récit de ruines et de néant écrit précisément pendant ce premier séjour romain. Rome est fondamentale pour l’élaboration de la poétique de l’écrivain. La ville et son vivier d’images antithétiques servent de palimpseste ; un palimpseste où derrière le moderne se distingue encore l’antique. Dans ce récit, l’écrivain accentue l’effet disparate en mêlant le sacré et le profane, le passé au présent, les vivants aux morts, etc. Les ingrédients les plus propices aux réminiscences sont donc réunis là. À Rome, l’être aimé, Pauline de Beaumont, le rejoint pour mourir dans ses bras au milieu de ruines qui deviennent la métaphore de son agonie : c’est Rome qui offre à Chateaubriand la meilleure vision de la petitesse et de la vanité humaine et c’est à Rome que les monuments dessinent une chaîne infinie de morts : « Que peut-il y avoir de plus vain que tout ceci ? Je lis sur une pierre les regrets qu’un vivant donnait à un mort ; ce vivant est mort à son tour, et après deux mille ans je viens, moi, barbare des Gaules, parmi les ruines de Rome, étudier ces épitaphes dans une retraite abandonnée. » Mais elle lui enseigne cependant la nécessité d’écrire le souvenir, d’en fixer la trace : « [...] devant un paysage composé de monuments en ruine et d’architectures traversées par l’histoire, Chateaubriand redécouvre en même temps l’expression de la vanité, et la nécessité d’une écriture de mémoire. » La ville éternelle donne à Chateaubriand l’idée d’une écriture d’outre-tombe et le style de cette écriture.
C’est à des moments différents de sa vie que l’écrivain se rend à Rome et à Venise. Lors de son principal voyage à Venise, Chateaubriand, qui a exercé plusieurs carrières est à la fin de sa vie. Son état d’esprit est donc celui de quelqu’un qui a la possibilité de méditer mais qui sait aussi le prix du temps qui s’écoule. De plus, Rome n’est pas un lieu traversé par accident mais un maillon dans sa carrière. A contrario, c’est presque par hasard qu’il se rend à Venise, ville qui ne lui offre pas de rôle politique et où personne ne le contraint à vivre. D’où ce climat onirique, et cette désinvolture de ton de la part de celui qui n’a de comptes à rendre à personne excepté - peut-être - à la postérité. Mais Rome et ses errements annoncent et sont même à l’origine des déambulations désenchantées à Venise : « Mais les jours s’en vont et le repos me manque. Je me sens comme un voyageur qui, forcé de partir demain, a envoyé devant lui ses bagages. Les bagages de l’homme sont ses illusions et ses années ; il en remet, à chaque minute, une partie à celui que l’Écriture appelle un courrier rapide : le Temps. »
Un autre passage prépare le récit du séjour à Venise : c’est la fameuse rêverie littéraire de Chateaubriand autour de Cynthie. Dans ce passage sublime se révèle encore mieux tout son amour pour l’Italie que son imagination n’a décidément pas totalement épuisée et à laquelle l’impermanence n’a pas encore retiré toute sa poésie :

D’un coup d’aile, occultant le décor tudesque, elle le rapatrie sur ces bords enchantés où les souvenirs de l’humaniste, les errances du voyageur, toute une géographie poétique héritée de la tradition gréco-romaine, assumée et rechargée par l’expérience personnelle, fixent son lieu d’élection. Emblème d’une italianité mythique, en quoi se concentrent syncrétiquement la puissance et la fragilité de toutes les valeurs que la civilisation occidentale a offertes au monde, Cynthie [...] conjure la disgrâce de ce qui [...] a toujours paru à Chateaubriand comme l’espace d’un mode diminué de l’être.
L’apparition littéraire de Cynthie appelle les apparitions féminines de Venise, à la fois mythes et femmes de chair. Mais les mouvements des deux textes sont différents : le monde rêvé et idéal construit par Chateaubriand où une muse littéraire vient remplacer la Sylphide, s’achève brusquement par un retour aux contingences. Si l’on s’en tient à sa première version, le Livre sur Venise n’est pas aussi fantasmé que la rêverie autour de Cynthie, mais c’est cependant sur une rêverie qu’il commence et qu’il s’achève. Les deux textes se rejoignent en tout cas dans leur syncrétisme :

Emporté par une vision à la fois tout intime et immensément panoramique, où se conjuguent les enjeux privés du désir et ceux, collectifs, d’un prodigieux legs millénaire, déployant un milieu idéal où se fondent sans contradiction paganisme et christianisme, sensualité et prière, frissons du moi et conscience de l’Histoire, Chateaubriand, magiquement arraché à la pauvreté ambiante, rejoint par le truchement de Cynthie ce pays de la plénitude.
Le texte sur Venise n’est donc pas isolé. Si Chateaubriand le présente comme une parenthèse, il n’en brasse que mieux les méditations, les temps et les lieux de l’ensemble des Mémoires. En annonçant son récit sur Venise, l’écrivain n’en prépare que mieux le tableau mitigé qu’il tracera, et donne plus de valeur à la démythification qu’il effectuera. Venise y reste la ville des plaisirs, mais ces plaisirs seront montrés dans leur dégradation par rapport à un passé particulièrement faste.


1.2 Proust et le lieu commun

1.2.1 Le nom de Venise et ses rêveriesSans titre-True Color-02 (3).jpg
Dans À la Recherche du temps perdu, Proust développe plus explicitement la notion de désir. En filigrane Venise est présente tout au long du récit. Elle est même dès le départ associée aux lieux essentiels de La Recherche : « Je passais la plus grande partie de la nuit à me rappeler notre vie d’autrefois, à Combray chez ma grand-tante, à Balbec, à Paris, à Doncières, à Venise, ailleurs encore. » (RD, p. 9) Ce désir se construit de deux manières : au travers du regard des autres personnages, ou à partir d’une rêverie sur le nom même de la ville. Ce nom suffit à créer un monde chimérique. Le nom même des choses devient un aliment pour l’imagination de Marcel. Il ouvre tout un champ de possibles et de rêveries. Ce pouvoir d’évocation du signifié s’intègre de manière implicite dans la longue quête d’écrivain du narrateur. Il ne faut pas oublier que La Recherche est inaugurée par une scène primitive de l’enfance. Cet état d’enfance nourrit le rapport du narrateur au monde et aux mots qui le désignent. C’est dans ce que les psychologues nomment « toute puissance » de la pensée infantile que Venise prend corps, à cet « âge où on croit qu’on crée ce qu’on nomme. » (RD, p. 89) La rêverie sur les noms découle de cette faculté du langage à faire apparaître ce qu’il désigne : « Je n’eus besoin pour les faire renaître que de prononcer ces noms : Balbec, Venise, Florence, dans l’intérieur desquels avait fini par s’accumuler le désir que m’avait inspiré les lieux qu’ils désignaient. » (RD, p. 380) Mais si le narrateur a déjà vu Venise, il en est autrement pour Marcel dont le désir naît au contact de ce qu’il ne connaît pas. Dans la scène suivante (un peu longue mais que nous tenons à citer), les mots font véritablement surgir le lieu :

Je sentis que c’était vers la semaine qui commençait le lundi où la blanchisseuse devait rapporter le gilet blanc que j’avais couvert d’encre, que se dirigeaient pour s’y absorber au sortir du temps idéal où elles n’existaient pas encore, les deux Cités Reines dont j’allais avoir, par la plus émouvante des géométries, à inscrire les dômes et les tours dans le plan de ma propre vie. Mais je n’étais encore qu’en chemin vers le dernier degré de l’allégresse ; je l’atteignis enfin [...] quand j’entendis mon père me dire : « il doit faire encore froid sur le Grand Canal, tu ferais bien de mettre à tout hasard dans ta malle ton pardessus d’hiver et ton gros veston. » À ces mots je m’élevai à une sorte d’extase ; ce que j’avais cru jusque là impossible, je me sentis vraiment pénétré entre ces « rochers d’améthystes pareils à un récif de la mer des Indes » ; par une gymnastique suprême et au-dessus de mes forces, me dévêtant comme d’une carapace sans objet de l’air de ma chambre qui m’entourait, je le remplaçai par des parties égales d’air vénitien, cette atmosphère marine, indicible et particulière comme celle des rêves que mon imagination avait enfermée dans le nom de Venise, je sentis s’opérer en moi une miraculeuse désincarnation. (RD, p. 385-386)
Se produit ici une expérience inverse à celle de la « madeleine » : point de mémoire involontaire mais une sorte de projection à la fois dans l’espace et dans le temps. Même si le signe est arbitraire, il crée ici ce dont il parle. Nous pouvons voir une sorte de résurgence biblique (« Fiat lux ») où dire c’est faire, où signifié et signifiant sont inextricables :

Ainsi passa près de moi ce nom de Gilberte, donné comme un talisman qui me permettrait peut-être de retrouver un jour celle dont il venait de faire une personne et qui, l’instant d’avant, n’était qu’une image incertaine. (RD, p. 140)
L’imagination de Marcel s’exalte donc autour de ce que peut représenter Venise, de ce que cache ou exalte le nom qui la désigne. De cette construction imaginaire confrontée à la réalité surgira l’évolution des états d’âme d’un narrateur qui ira de l’émerveillement à la soudaine stupeur.

1.2.2 Venise comme horizon d’attente : espace de l’illusion
Le désir de Venise passe aussi par les personnes extérieures au « je » de l’écriture. C’est au travers de prismes étrangers qu’il se construit une représentation de Venise : au travers d’une image (« [...] ce pourrait être moi le personnage minuscule que, dans une grande photographie de Saint-Marc qu’on m’avait prêtée, l’illustrateur avait représenté, en chapeau melon, devant les porches » RD, p. 386), au travers de l’art (« L’idée que je pris de Venise d’après un dessin du Titien qui est censé avoir pour fond la lagune, était certainement beaucoup moins exacte que celle que m’eussent donnée de simples photographies » RD, p. 40), au travers de Ruskin, ou encore par le biais de sa grand-mère (RD, p. 164), de son entourage etc. Venise est pour Marcel une chose impossible, inatteignable et donc source d’extrapolations :

On cherche à retrouver dans les choses, devenues par là précieuses, le reflet que notre âme a projeté sur elles, on est déçu en constatant qu’elles semblent dépourvues dans la nature, du charme qu’elles devaient, dans notre pensée, au voisinage de certaines idées. (RD, p. 86)
En tant que réalité trompeuse, la ville est souvent associée à l’effet que peut produire une personne et son apparence source d’erreurs :

Pendant ce mois - où je ressassai comme une mélodie, sans pouvoir m’en rassasier, ces images de Florence, de Venise et de Pise desquelles le désir qu’elles excitaient en moi gardait quelque chose d’aussi profondément individuel que si ç’avait été un amour, un amour pour une personne - je ne cessai pas de croire qu’elles correspondaient à une réalité indépendante de moi, et elles me firent connaître une aussi belle espérance que pouvait en nourrir un chrétien des premiers âges à la veille d’entrer dans le paradis. (RD, p. 384)
Tout ce que le narrateur imagine à l’égard du monde qui l’entoure (sur la comtesse de Guermantes, Charlus, Vinteuil... que sa déférence pour ce qu’il ne connaît pas le pousse à idéaliser, l’obligeant à « un effort impuissant et douloureux pour [se] représenter [leur] vie » RD, p. 74) se retrouve également dans son appréhension du lieu. (« Les êtres n’existent pour nous que par l’idée que nous avons d’eux. » RA, p. 220) Les apparences trompeuses liées à l’imagination, à l’intériorité du narrateur au contact du monde extérieur et de son opacité s’exercent à la fois sur les lieux et sur les hommes. Dans Le Temps retrouvé, les masques tombent et les personnages apparaissent tels qu’ils sont véritablement et non tels que le narrateur les avait imaginés.
L’absence et donc le mystère de Venise vont faire naître la passion et le désir chez Marcel. Albertine, aliénante malgré elle, « personnage sans fond », est d’ailleurs associée à Venise à la fois par son côté énigmatique et par son lien avec les étoffes de Fortuny : le désir du narrateur de partir en voyage en Italie rentre en conflit avec son désir amoureux : « J’aurais voulu dès ma guérison partir pour Venise ; mais comment le faire si j’épousais Albertine, moi si jaloux d’elle que, même à Paris, dès que je me décidais à bouger, c’était pour sortir avec elle ? » (RP, p. 538) Une triple réflexion (sur « les intermittences du cœur », l’art et l’écriture) se nouera et se dénouera de Albertine disparue au Temps retrouvé. Si la ville est étroitement liée à Albertine, elle l’est aussi à la mère de Marcel. La scène « primitive » du baiser se répète comme à l’infini dans toute La Recherche. Le désir maladif de se rendre à Venise semble sur un autre registre la répéter comme dans cette scène où l’évocation du lieu provoque un malaise chez le narrateur :

Elle [i.e. la désincarnation du narrateur] se doubla aussitôt de la vague envie de vomir qu’on éprouve quand on vient de prendre un gros mal de gorge, et on dut me mettre au lit avec une fièvre si tenace, que le docteur déclara qu’il fallait renoncer non seulement à me laisser partir maintenant à Florence et à Venise, mais, même quand je serai entièrement rétabli, m’éviter d’ici au moins un an, tout projet de voyage et toute cause d’agitation. (RD, p. 386)
Nous n’entrerons pas dans les réflexions psychologiques que peut soulever ce passage, mais il est intéressant de noter que déjà dans Jean Santeuil, la mère était liée à Venise et à la frustration du désir, dans une scène où le personnage principal en s’opposant à ses parents brisait un vase provenant de la sérénissime.
Venise3 052.jpgL’image intellectuelle élaborée à propos de Venise finira par être détruite au contact du lieu soudainement inconnu :

Les choses m’étaient devenues étrangères, je n’avais plus assez de calme pour sortir de mon cœur palpitant et introduire en elles quelque stabilité. La ville que j’avais devant moi avait cessé d’être Venise. (RA, p. 231)
Le désir est aussi créé chez le lecteur (l’identification si courante chez Proust peut se faire entre autres par l’emploi de l’indéfini ou du performatif) mais ce désir est mis à mal car c’est brusquement que Proust le satisfait. Le passage sur Venise est introduit de manière différente par rapport à d’autres séjours (pas d’adaptation au nouveau décor par exemple). Après que le narrateur a exprimé dans La Prisonnière un désir lancinant de Venise, l’écrivain déçoit notre attente en réalisant son (et aussi notre) vœu dans le cadre d’une digression et d’un souvenir de façon inattendue et presque anodine.
Le désir est donc bien présent à la fois chez Chateaubriand et chez Proust que ce soit dans la biographie ou dans la construction du récit. Dans les Mémoires et dans La Recherche, Venise constitue un horizon d’attente à la fois pour le narrateur et pour le narrataire. Outre la thématique même qui apparaît à plusieurs reprises, l’écriture tant chez Chateaubriand que chez Proust aiguise notre désir. Les deux écrivains vont s’employer à en donner une démythification en portant sur ces pierres un constat d’échec lié plus à leur intériorité qu’à la ville elle-même. Les topoi attachés à la ville, leur illusion ou leur actualité leur serviront cependant de base : Chateaubriand et Proust en useront et s’en détacheront, mais finiront par se réapproprier la ville.

Photos Florence Brieu-Galaup, tous droits réservés.



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