Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

05/06/2008

VENISE SAUVEE, VENISE PERDUE (I)

d4ce5b9f6cd7516c9241c1fb0e34e8a6.jpg
Si la conservation du monument passe aussi par la conservation de son environnement, il n’est pas de question plus cruciale à Venise puisque au-delà d’un problème esthétique, c’est d’un problème de survie dont il s’agit. Parler de la sauvegarde de Venise, c’est donc parler de la sauvegarde de ce que les habitants appellent le centre historique, mais également de la lagune (d’une superficie de 550 km², c’est une des plus grandes de la Méditerranée) et des îles qui la constituent, îles qui sont d’ailleurs dépendantes de Venise pour des raisons à la fois culturelles et économiques. Par le passé, ces îles étaient, sur le modèle de nos métropoles actuelles, les banlieues de la ville, en ce sens que tout ce qui gênait le centre y était relégué. Les questions communes rattachées à l’analyse du monument (transmission de mémoire, témoignage d’un passé historique, actualisation d’une signification moderne…) sont multipliées et la difficulté à la fois d’énonciation et de résolution de ces questions accrue par l’ampleur d’une ville qui n’est que « monuments » (150 églises, 400 palais, 1600 œuvres d’art..).
Rappelons que cette ville, une des premières et des plus peuplées du monde occidental, doit son extrême « originalité » à son emplacement. L’espace exigu contraindra les Vénètes à créer, avant la lettre, un plan d’urbanisme : l’aménagement de la vie en communauté passe avant celui du monument. D’autre part, le milieu hostile et insalubre fera naître le désir dans le pouvoir et chez les habitants de construire de somptueuses façades. Venise est le summum de l’artefact, un artefact dont les éléments, contrairement à nos villes actuelles, sont dépendants les uns des autres. Sorte d’« hapax » du langage urbain, Venise ne ressemble à aucune autre ville et la prendre comme objet d’étude, c’est être confronté à une complexité tout à la fois historique, architecturale, artistique, politique, sociologique, ethnologique ou encore écologique… Les conflits autour de Venise sont proportionnels au caractère exceptionnel du lieu et à sa configuration kaléidoscopique : songeons aux débats que la restauration ou la destruction d’une seule église peut engendrer, songeons aux appartenances multiples et souvent opposées des intervenants. Ces affrontements sont à Venise, patrimoine de l’humanité, démultipliés.
Actuellement, la question de la conservation du milieu a annexé celle plus traditionnelle de conservation architecturale. Le premier paradoxe à résoudre à propos de Venise est le suivant : comment défendre la ville des eaux tout en restant à l’intérieur des eaux ? La sauvegarde de la ville est mise en péril pour des raisons à la fois intrinsèques et extrinsèques : complexité du système urbain, enjeux contradictoires des intéressés, morcellement des groupes de réflexion. La diversité de l’endroit fait donc son attrait mais est aussi la cause de sa sclérose.

La sauvegarde de Venise aujourd’hui : des sciences physiques aux sciences humaines

Le contenu des conflits actuels est principalement écologique parce que des plus urgents : la ville est menacée d’être engloutie par la mer. Venise, qui a dominé au XIIIe siècle le commerce et les mers du monde entier est menacée aujourd’hui par ce qui a fait sa richesse et risque d’ici les deux prochains siècles de disparaître complètement. Pour comprendre les dégâts causés par l’« acqua alta » (« hautes eaux »), il faut se référer dans un premier temps à des données climatiques et techniques.
Pour ceux qui pensent que les inondations ponctuelles, dont les Vénitiens s’accommodent d’ailleurs parfaitement, ne sont pas dangereuses et que la solution serait de rehausser petit à petit la ville entière pour éviter un engloutissement total, il faut expliquer les dommages causées par une montée même modeste des eaux. Les chimistes de l’Université de Venise ont établi que l’eau se propage par capillarité le long des murs. Une fois cette eau évaporée, le sel gonfle et lézarde les murs. A chaque nouvelle inondation, le sel fond, pénètre plus profondément et cristallise à nouveau rendant les bâtiments complètement friables.
Quelles sont les causes de la montée des eaux ? Tout d’abord un facteur indépendant de la ville : la montée du niveau de la mer attestée par les scientifiques du monde entier ; un facteur interne : le creusement de la lagune provoquée par le trafic maritime et par l’affaissement naturel du site. Une bande d’algue verte le long des canaux rend visible cet affaissement, ainsi que le nombre de marches inutilisables désormais pour embarquer ou encore des tableaux qui permettent d’apprécier les différences : ainsi il apparaît que depuis le XVIIIe siècle l’affaissement est de 150 cm. La crypte située sous la Basilique Saint-Marc était il y a 1200 ans 150 cm au-dessus de la mer. Elle est désormais 18 cm plus bas que le niveau de la mer. Actuellement la Place Saint-Marc qui est l’endroit le plus bas de la ville est inondée quarante fois par an et la ville connaît des crues de plus de 110 cm quatre fois par an, fréquences inconnues il y a à peine un siècle et qui sont en constante augmentation. Les études menées sont un des rares points efficaces et permettent, tout au moins, dans un premier temps la sécurité de la population : le Centre National des Recherches de Venise relève, en haute mer, les données météorologiques pour prévenir les inondations. L’« acqua alta » est en effet la conséquence de trois facteurs de la combinaison desquels dépend la hauteur des inondations : la marée astronomique, la basse pression et le sirocco. Si l’on prévoit une montée des eaux supérieure à 110 cm, les techniciens de la mairie en charge de la surveillance de l’état des marées actionnent une sirène pour prévenir la population. Pour mesurer l’évolution des dégradations, les structures mises en place ont recours à des technologies modernes. Ainsi un satellite enregistre l’érosion des plages naturelles qui protègent la lagune de la mer et il contrôle le flux des marées qui creuse les trois entrées du port. Une maquette gigantesque de la lagune a été également construite sur une surface aussi grande qu’un terrain de football à la périphérie de Padoue : là les théories des scientifiques peuvent être soit réfutées soit confirmées. Venise s’est donc doté des moyens techniques pour envisager sa survie.
Face à ce problème rentrent en jeu des acteurs différents : des politiciens, des habitants et des scientifiques mais également des artistes. Des scientifiques natifs de Venise ou non sont à l’œuvre pour trouver une alternative qui concilierait tous les paramètres. Leurs vues sont différentes voire contradictoires selon qu’elles tiennent compte des nouveaux déséquilibres intervenues sur la lagune ou des données du passé ou encore des deux. Plusieurs groupes s’opposent. Le premier est partisan de maintenir les échanges entre la mer et la lagune et s’est inspiré, pour trouver une solution, de l’observation des méthodes utilisées par d’autres centres urbains qui ont connu de graves inondations ou qui sont susceptibles d’en connaître. Londres s’est doté d’immenses barrières pour se protéger de la montée des eaux qui se sont avérées extrêmement efficaces. Ayant connu en 1953 une terrible inondation, en 1997 la Hollande s’est doté également d’immenses portes métalliques, capables, pour se protéger de la Mer du Nord, de contrebalancer la poussée de 30000 tonnes générées par des marées exceptionnelles. Peut-on s’inspirer de ces modèles ?
Un premier projet de panneaux mobiles a été proposé par deux experts mandatés par le gouvernement italien. Pour Andrea Rinaldo, diplômé en hydraulique de l’université de Padoue et d’origine vénitienne, et Chiang C. Mei, de l’Institut Technologique de Boston, la solution réside dans l’interruption temporaire des échanges entre mer et lagune. Outre de barrer les entrées du port par une série de digues, ils envisagent la construction sous l’eau de panneaux métalliques mobiles interdépendants les uns des autres qui en se soulevant bloqueraient le flux de l’« acqua alta », disperseraient l’énergie des vagues en ayant la capacité de contenir des dénivelés allant jusqu’à 3 m : projet colossal s’il en ait puisque la lagune communique avec la mer par trois entrées sur une largeur totale de 1600 m. Les partisans de ce projet sont entre autres Pier Vellinga, directeur de l’Institut d’Etudes environnementales d’Amsterdam, qui étudie la dynamique environnementale des zones côtières.
Paradoxalement les opposants aux panneaux mobiles sont les écologistes. La lagune contient de nombreuses espèces tant d’oiseaux que de créatures marines. Pour les écologistes il convient avant tout de préserver cet écosystème en laissant faire en quelque sorte la nature : aberration totale. Si l’homme n’était pas intervenu pour aménager cet endroit, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus de lagune du tout car elle serait à moitié enfouie sous la boue et à moitié envahie par la mer. Par le passé, on pensait que les lagunes étaient des milieux immuables. Ce n’est en vérité pas le cas : il s’agit de milieux dynamiques modelés par les sédiments apportés par les courants marins et les vagues. Lorsque les Vénètes s’installent dans ce milieu, il est constitué par une succession de pièces d’eau, de terres émergées, de cours fluviaux. Pour parvenir au résultat que nous avons actuellement sous les yeux, il a fallu des aménagements colossaux. Sauver la lagune et par conséquent Venise signifie « intervenir ». De plus si les panneaux se soulevaient pour bloquer le flux de l’eau en cas d’alerte, ce ne serait que temporairement et cela n’altèrerait pas la circulation de l’eau dans la lagune. Quant aux solutions proposées par les écologistes, elles vont totalement à l’encontre de ce que le passé de la Sérénissime nous apprend : entre autres, supprimer les berges qui isolent les eaux de la lagune utilisées pour la pisciculture mais cela ne réduirait les maxima des marées que de deux cm ; diminuer la profondeur des entrées du port, freiner le passage de l’eau par des grilles en plastique et rehausser la ville entière. Non seulement cette solution ne supprimerait pas totalement les inondations mais elle aurait une conséquence désastreuse sur le renouvellement des eaux de la lagune dont le temps de stagnation s’allongerait de plus de 50 jours.
Un autre opposant à ces panneaux se nomme Paolo Pirazzoli, directeur de Recherche au CNRS de Paris et originaire de Venise ; pour lui non seulement le projet est compliqué mais surtout coûteux. Il aurait à la fois un impact sur l’environnement (ce qui est faux car en 1996, le gouvernement italien a demandé à une commission d’experts d’évaluer le projet. Il a été démontré que les panneaux mobiles seraient bénéfiques en permettant de contrôler la qualité de la lagune), mais aussi un impact économique en réduisant le trafic maritime. Autant dire que les motivations de M. Pirazzoli sont dominées par des enjeux économiques, car il est évident que la diminution de la pollution à Venise passe par le déplacement de l’industrie pétrochimique, la transformation de l’agriculture de toute la région, et la déviation du trafic maritime vers d’autres ports. Les panneaux seraient ou étaient plus exactement la solution idéale car le projet étant resté près de dix ans en attente il est désormais trop tard. Dix ans c’est aussi le temps qu’il faudrait maintenant pour les construire, or on prévoit pour les cinquante prochaines années une montée des eaux de 50 cm. Récemment, le 6 novembre 2000, Venise a risqué une catastrophe semblable à celle de 1962 et le gouvernement italien a nommé un organisme « Venise nouvelle » composé de techniciens. Une nouvelle fois, ils ont conclu que les panneaux sont la meilleure solution.
Les scientifiques ont également essayé de trouver une solution en observant les méthodes des architectes du passé qui de tout temps ont été contraints de surélever la ville. Ils se sont demandés s’il ne valait pas mieux rehausser les pavages des palais pour préserver Venise au détriment de la valeur architecturale. Ce recours leur a été bien évidemment refusé par les conservateurs. Le rehaussement est appliqué uniquement aux trottoirs le long des canaux (fondamente), avec beaucoup de talent puisque cette restauration, une fois accomplie, passe presque inaperçue. Cependant cette manœuvre demanderait une soixantaine d’années pour être réalisée pour la ville entière. Inutile de dire qu’entre temps, la ville risque d’avoir déjà disparu.
A quelle situation parvenons-nous ? De toute évidence, malgré toutes ces recherches, la situation est bloquée du fait de chercheurs aux opinions opposés et d’un pouvoir décentralisé peu à même de juger la situation et qui n’a pas su trancher quand il le fallait. D’autres experts ne voient se profiler qu’une ultime solution : la séparation totale de la lagune et de Venise (idée en germe sous forme de provocation chez le futuriste Marinetti qui aurait souhaité combler tous les canaux et qui rêvait d’une grande Venise industrielle). C’est le discours d’un des acteurs de la protection de Londres, Edmund Penning Rowsell, géographe travaillant au Centre National de Recherche des risques de crues. Cette atteinte à l’intégrité du lieu, peut-être visionnaire, témoigne cependant d’une incompréhension face à la nature de Venise.
En 2001, le premier ministre Silvio Berlusconi a finalement lancé l’entreprise très controversée du barrage mobile surnommé « Mose », capable d’isoler la lagune de la mer. Prévu pour 2011, le projet devrait coûter 3 milliards d’euros. Mais comme nous venons de l’exposer, il est impossible de savoir si ce projet, à long terme, sera efficace. Parallèlement, est quand-même étudié le projet de Giuseppe Gambolati de l’Université de Padoue qui propose de faire remonter la ville de trente centimètres en dix ans. Pour ce faire, il propose d’injecter de l’eau de mer dans une couche de sable située entre 600 et 800 mètres au-dessous du niveau de la lagune afin de remonter l’ensemble de la ville.
La pollution tant des eaux que des monuments par l’activité industrielle et pétrochimique de Mestre et de Porto Marghera que Venise a en face d’elle depuis les années 30 fait peser sur elle d’énormes dangers et constitue un autre paramètre de la sauvegarde de la ville. Malgré les traitement en cours 10 % de la lagune est polluée par le mercure, l’arsenic, les métaux lourds et le polychlorure. Les cultures à l’intérieur des terres transportent 6000 tonnes de substance azotées, sans parler des égouts de la ville. Si les petites îles de la lagune fonctionnent comme des poumons en filtrant et en purifiant l’eau et si la végétation qui recouvre ces bancs de sable stabilise les sédiments ces bancs de sable se réduisent et la lagune tend à se transformer en un bras de mer ouvert. Deux chercheurs vénitiens, Lorenzo Bonometto et Andrea Rismondo les étudient pour essayer de rétablir les équilibres perdus. Mais ce n’est qu’une mesure isolée et insuffisante. L’exploitation des puits artésiens a entraîné un abaissement marqué du sol de la lagune. L’accroissement du trafic maritime provoque des vibrations et a nécessité le creusement de chenaux qui entravent l’activité salutaire de la marée. La solution réside dans le déplacement de ces centres industriels qui avaient été à l’origine créés pour relancer l’économie du centre historique. Malheureusement, le contraire s’est produit : cela a donné lieu à une scission entre les habitants partisans soit de la Terre Ferme, soit de Venise. Entre Mestre et Venise, il n’y a aucune relation politique, économique ou culturelle.
Le tourisme (plus de 10 millions de personnes par an) est une autre forme de pollution parce qu’ils sont la cause d’un trafic extrêmement dense source de conflits entre chauffeurs de taxi, habitants et gondoliers. Les vibrations engendrées par les bateaux à moteur sont extrêmement préjudiciables pour la conservation des palais et font s’enfoncer les pilotis dans la mer. Au cours de l’été 2000, les touristes ont pu voir aux balcons des façades cette inscription sur un drap blanc : « moto ondoso » (« houle »), en signe de réprobation. L’un de ces draps comportait une phrase entière particulièrement significative : « Moto ondoso rendera Venezia un fantasma. » (« la houle fera de Venise un fantasme/fantôme). 629baea4e01c2f30945c92f050b2fef1.jpgLe tourisme de masse est un véritable fléau qui gonfle la population artificiellement pendant quelques heures pour laisser la ville ensuite aussi animée qu’un cimetière (Le site officiel de la mairie de Venise- commune.venezia - peuple sa ville de 300 000 habitants, alors que la population réelle n’est que de 70 000 habitants). Venise vit du tourisme. Difficile à la Municipalité d’intervenir, d’établir un système de réservation comme cela a été envisagé par le passé et de risquer le mécontentement des commerçants. Pour l’instant, elle a juste limité la vitesse des bateaux à moteur, action qui paraît assez dérisoire. Les polémiques sont multiples également sur les problèmes de liaison avec la terre ferme. Certains considèrent que c’est l’obstacle majeur à la reprise économique de la ville. Les coûts en terme de temps et d’argent rendent toute activité à Venise non compétitive. D’une certaine façon, il faudrait interdire le tourisme de masse mais cela paraît difficilement réalisable.
Si l’on quitte la lagune et que l’on pénètre maintenant un peu plus au cœur de la ville : que voit-on ? Ce que sûrement il y a des siècles les Vénitiens voyaient déjà : des réparations partielles qui se succèdent les unes aux autres inlassablement. Les dégradations à Venise sont continuelles et les ouvriers jouent là un peu le mythe de Sisyphe. Parce que la menace de la mer se fait pressante, le débat sur la conservation du patrimoine lui-même est moins répandu et s’est déplacé sur la lagune. Sur ce plan-là les intervenants sont la population même, ceux qui dirigent la ville et les nouveaux propriétaires. Là encore nous assistons à des conflits et à des attitudes paradoxales. Il est visible que les grands axes touristiques sont sauvegardés tandis que des quartiers comme le Cannaregio ou le Dorsoduro ressemblent parfois à des taudis (le pouvoir actuel à Venise dit souhaiter mettre en place un nouveau réseau de transport pour séparer touristes et autochtones. Reste à constater l’application et l’efficacité effective et non théorique de ce projet). De l’avis de tous préserver Venise, c’est la préserver dans son ensemble, car c’est cet ensemble qui est historique et pas seulement quelques monuments. Préserver demande pour Venise des sommes d’argent considérables. La mairie a préféré, à la recherches de capitaux et à l’enrayement d’un cosmopolitisme sauvage, vendre par petits bouts la ville. Mais l’hôtellerie ne joue pas le rôle de pivot de la vie municipale. La question de la restauration est donc une question éclatée entre les différents propriétaires publics, privés, autochtones, étrangers… Les nouveaux propriétaires n’ont pas assez d’argent pour réparer les dégâts ou ils ne le désirent pas tant la pourriture peut avoir de « reflets chatoyants ». Les derniers aristocrates en sont réduits à faire de la résistance ou à vendre. Il y a bien une personne chargée d’orchestrer tous les travaux publics, mais la ville étant démantelée, tout n’est pas soumis au contrôle de la mairie. Certains Vénitiens ont rénové l’intérieur de leurs palais pour les louer, ont établi des pensions détruisant parfois l’aspect originel des lieux… La diversité de la ville induit au-delà des conflits des manières diverses de la gérer selon les intérêts et les points de vue de chacun. Cette situation risque de s’aggraver si « il signor » Berlusconi applique son plan de privatisation des musées.
D’un point de vue architectural, à l’heure actuelle, les questions portent plus sur la préservation que la transformation. Mais l’on trouve des exceptions : il ne reste que peu de témoignages des époques antérieures. Durant des siècles, contre l’avancée de la mer, les Vénitiens ont superposé de nouveaux pavements à ceux qui disparaissaient sous l’eau. Ainsi le cloître roman de Sant’Appolonia, dont le pavage a été surélevé au niveau des colonnes, ou l’intérieur de l’Antique couvent des Frari. Face à ces procédés hérités du passé, la Conservation du Patrimoine artistique dont l’architecte Marino Folin, professeur à l’Université de Venise, a décidé de remettre à jour ce qui avait été enfoui par le passé, adoptant une attitude opposée à celle des scientifiques qui désiraient surélever pour sauver. Pour les Conservateurs, même si les lieux étaient préservés de l’eau, l’unité architecturale était perdue : alors que Venise est entièrement composée de strates n’est-ce pas paradoxal de vouloir retrouver une période donnée pour un monument ? Paradoxalement, les restaurations ont donc été supprimées et certains endroits se retrouvent sous l’eau, nécessitant l’utilisation permanente d’une pompe. C’est là un problème traditionnel pour n’importe quel autre monument (Sagrada Familia, Alexandrie etc.) mais ici s’ajoute un facteur de danger qui aurait dû enrayer une telle initiative.
Il faut aussi signaler l’extrême implication des Français dans la sauvegarde de Venise. Un article du Nouvel Observateur datant de juin 2005 (« La tentation de Venise », n° 2120), s’interroge sur l’engouement des Français pour cette ville et mentionne le récent achat, pour en faire un centre culturel, du Palazzo Grassi par le chef d’entreprise François Pinault. Un autre industriel, Bernard Arnault, finance quant à lui le Comité français pour la sauvegarde de Venise.
Toutes ces entreprise nous amènent à une question essentielle : pourquoi restaurer si la population diminue comme tel est le cas ?

Photos Florence Brieu-Galaup, tous droits réservés.

Les commentaires sont fermés.